Parcours de la fondatrice,
Céline Basset

 

Du Microbiote intestinal au microbiote du sol

Parcours atypique, Céline Basset a vécu et travaillé entre l’Afrique de l’Ouest, l’Amérique du Nord, l’Asie du Sud-Est et l’Europe. Cette trajectoire internationale, mêlant immersion de terrain, recherche académique et agriculture, a profondément façonné son approche systémique et opérationnelle des relations entre santé des sols, robustesse des systèmes agricoles, alimentation et résilience des territoires.

En 2014, un épisode de santé majeur lié à une infection sévère au Candida albicans constitue un tournant déterminant dans son parcours (également diplômée d’un Master Recherche en psychologie et neuropsychologie cognitive, elle avait été admise à New York University afin d’y poursuivre ses études doctorales, avant d’être contrainte d’interrompre ce projet en raison des conséquences particulièrement invalidantes de cette infection au quotidien).Cette expérience l’amène à approfondir sa réflexion sur les interactions entre santé humaine, microbiologie, alimentation et dégradation des écosystèmes. Elle développe alors une approche systémique fondée sur l’idée que la résilience sanitaire et alimentaire des sociétés dépend directement de la qualité biologique des sols, du fonctionnement des écosystèmes et de la robustesse des systèmes agricoles qui soutiennent le vivant.

Les débuts

Dans le passé, la Ferme Blue Soil a porté différents noms, notamment Sangha Project au Vietnam et en Birmanie. En sanskrit, Sangha signifie « communauté » ou « collectif ». Le nom Blue Soil — littéralement « sol bleu » — fait référence au lien fondamental entre les sols vivants, le cycle de l’eau et les équilibres écologiques indispensables à la survie des sociétés humaines.

 

Repenser la sécurité alimentaire et la sécurité nationale par la santé des sols

Aujourd’hui, Céline Basset est chercheuse en sciences du sol et en sciences de gestion stratégique au Centre des Sciences et Technologies Forestières de Catalogne (CTFC), en Espagne, dans le cadre de collaborations scientifiques internationales. Ancienne maraîchère dans la Drôme, elle développe une approche transdisciplinaire considérant les sols comme une infrastructure critique au fondement de la sécurité alimentaire, économique et nationale.

Ses travaux portent sur les interactions entre santé des sols, robustesse des agroécosystèmes, gestion des risques systémiques et planification de la résilience alimentaire des territoires. Elle étudie notamment la manière dont la dégradation des sols fragilise simultanément les ressources hydriques, la santé environnementale, la stabilité des chaînes d’approvisionnement, les capacités de production agricole et la résilience organisationnelle des sociétés face aux crises climatiques, énergétiques ou géopolitiques.

Ses recherches s’inscrivent à l’interface de deux doctorats complémentaires en sciences du sol et en gestion stratégique:

Le premier doctorat, en sciences de gestion stratégique, est mené au sein du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) à Paris, au laboratoire Équipe Sécurité Défense Renseignement (ESDR), en coopération avec l’Institut des sciences de l’environnement et de l’agriculture de l’université de Sydney. Ses travaux replacent la santé des sols comme un pilier stratégique de la sécurité nationale, de la résilience territoriale et de la planification de continuité des sociétés contemporaines. Ils s’inscrivent à l’interface de la gestion des risques systémiques, de la planification stratégique et des politiques de sécurité alimentaire, en considérant les sols vivants comme des infrastructures écologiques critiques conditionnant la stabilité des ressources hydriques, alimentaires et économiques. Ces recherches s’ancrent également dans les orientations de la directive européenne relative à la surveillance et à la résilience des sols, qui vise à renforcer la protection, le suivi fonctionnel et la restauration des sols au sein des territoires européens.

Le second doctorat, en sciences du sol, est réalisé entre le Centre des Sciences et Technologies Forestières de Catalogne (CTFC). Ses recherches portent sur les vermitechnologies en tant que solutions fondées sur la nature (Nature-based Solutions – NbS), les réseaux trophiques du sol, la microbiologie des sols et les dynamiques biologiques impliquées dans la régénération fonctionnelle des agroécosystèmes. Ses travaux visent à développer des approches opérationnelles de transition agricole fondées sur la biologique des sols vivants, en mobilisant les interactions entre micro-organismes, microfaune, mésofaune, matière organique, cycle de l’eau et fertilité des écosystèmes cultivés. Cette approche cherche notamment à concilier robustesse écologique, viabilité agronomique et capacité d’adaptation des systèmes agricoles face aux perturbations climatiques, hydriques et économiques contemporaines. Ses recherches s’inscrivent également dans les orientations de la directive européenne relative à la surveillance et à la résilience des sols, qui vise à renforcer la protection, le suivi fonctionnel et la restauration des sols au sein des territoires européens.

Cette double expertise lui permet d’articuler sciences biophysiques, sciences de gestion, planification stratégique, résilience organisationnelle, politiques territoriales et politiques européennes afin de développer des modèles de transition agricole et alimentaire adaptés aux réalités écologiques, économiques et géopolitiques des territoires.

A travers ses travaux scientifiques, Céline Basset développe une approche innovante consistant à requalifier les sols comme des infrastructures d’importance vitale (IIV), au même titre que les secteurs déjà reconnus au sein des secteurs d’activités d’importance vitale (SAIV), comme l’alimentation. Dans cette perspective, elle propose d’intégrer la sécurité alimentaire en amont des politiques de gestion des risques en sécurisant juridiquement et stratégiquement les sols, considérés comme des infrastructures écologiques critiques pour la stabilité des sociétés contemporaines.

Ses travaux visent ainsi à replacer les sols au cœur des politiques publiques, de l’aménagement territorial et des stratégies de résilience, en reconnaissant leur rôle fondamental dans le maintien des fonctions biologiques, hydriques et climatiques indispensables à la production alimentaire, à la régulation de l’eau, à la stabilité des écosystèmes et à la continuité des activités humaines.

Cette approche intègre également les besoins fonctionnels des sols vivants afin de préserver durablement leurs capacités écologiques et les services écosystémiques essentiels à la sécurité alimentaire, économique et territoriale.

Elle travaille en lien étroit avec les agriculteurs, les chambres d’agriculture, les collectivités territoriales engagées dans les Projets Alimentaires Territoriaux (PAT), les associations et plusieurs instituts de recherche européens. Son approche privilégie les démarches de terrain, l’expérimentation empirique et la co-construction d’outils de transition directement opérationnels pour les acteurs agricoles.

Scientifique, ancienne agricultrice, Céline Basset défend ainsi une vision intégrée selon laquelle la résilience des sociétés commence par la restauration fonctionnelle des sols, considérés comme le socle écologique, économique, alimentaire et civilisationnel des territoires contemporains.

Transition et réintégration des continuités du vivant

Dans un contexte marqué par la fragmentation sociale, l’épuisement psychologique, la perte de sens, l’hyperconsommation et l’accélération des crises sanitaires, environnementales et économiques, les vulnérabilités structurelles de nos sociétés apparaissent désormais au grand jour. Cette situation invite à repenser en profondeur notre rapport au vivant, aux ressources et aux modes d’organisation collective.

À travers le monde, de nombreuses sociétés autochtones ont maintenu, malgré les bouleversements historiques et contemporains, des relations étroites et fonctionnelles avec leurs écosystèmes. Qu’elles vivent dans les montagnes, les forêts, les zones désertiques ou littorales, ces sociétés ont développé au fil des siècles des savoirs écologiques fondés sur l’observation fine des dynamiques du vivant, l’adaptation aux contraintes environnementales et la recherche d’équilibres durables.

Leurs systèmes de connaissances reposent sur une vision systémique du monde dans laquelle l’être humain n’est pas séparé de la nature mais intégré aux continuités écologiques qui structurent le vivant. Cette approche contraste avec les modèles extractifs modernes, où les écosystèmes sont souvent réduits à des ressources exploitables et dissociés des équilibres biologiques dont dépendent pourtant les sociétés humaines.

L’organisation de ces sociétés s’appuie fréquemment sur des principes proches du biomimétisme : observer les mécanismes du vivant, comprendre les logiques d’interdépendance, s’inspirer des capacités d’adaptation des écosystèmes et rechercher des formes d’équilibre plutôt que de domination.

Dans cette perspective, la transition écologique ne relève pas uniquement d’une transformation technique ou énergétique, mais également d’une évolution culturelle et cognitive de notre manière d’habiter les territoires et de concevoir notre place au sein du vivant.

INNOVER EN PARTANT DES MÉTIERS DE L'AGRICULTURE

Selon Céline Basset, la transition des systèmes agricoles ne pourra être réellement opérationnelle et durable qu’à condition de s’appuyer sur plusieurs leviers structurants.

Elle défend notamment la nécessité :

  1. d’intégrer pleinement les stratégies de transition agroécologique au sein des mécanismes d’indemnisation et de financement de la Politique Agricole Commune (PAC) ;
  2. de conditionner une partie des dispositifs de soutien à la régénération fonctionnelle des sols vivants, notamment à travers le développement des Paiements pour Services Écosystémiques (PSE) ;
  3. de concevoir des modèles de transition techniquement viables, économiquement robustes, soutenables et ergonomiques pour les agriculteurs et les paysans, en tenant compte des réalités de terrain, de la charge mentale, des contraintes de temps et des capacités opérationnelles des exploitations ;
  4. de développer une gouvernance de transition fondée sur une coopération multi-acteurs associant agriculteurs, chercheurs, collectivités territoriales, institutions publiques, citoyens et acteurs économiques ;
  5. d’articuler les stratégies de résilience à plusieurs échelles — locale, territoriale, nationale et européenne — afin de garantir la cohérence des politiques agricoles, alimentaires, hydriques et écologiques face aux risques systémiques contemporains.
  6. de soutenir la structuration économique des filières locales et territoriales à travers une coordination entre plusieurs catégories d’acteurs — producteurs, transformateurs, collectivités, coopératives, acteurs logistiques, institutions publiques, chercheurs et citoyens — afin de renforcer l’autonomie alimentaire des territoires, la création de valeur locale et la résilience économique des systèmes agricoles et alimentaires.

Naissance de la Ferme Blue Soil

La Ferme Blue Soil a vu le jour en 2014 à Brooklyn, New York, puis s’est étendue au Vietnam et en Birmanie sous le nom de Sangha Project, qui signifie en Sanskri “Ceinture ou communauté”.

La Ferme Blue Soil